Quand le Crowdfunding, Enternext et les Corporate Ventures bouleversent le paysage du financement des PME françaises

L’idée fait aujourd’hui consensus : favoriser la croissance des Petites et Moyennes Entreprises (PME) constitue l’une des façons pour la France de renouer avec une économie prospère. A titre informatif, la France compte 3,1 millions de PME, soit 99,8% des entreprises. Elles représentent 48,7% de l’emploi salarié et réalisent 36% du chiffre d’affaires et 44% de la valeur ajoutée. [1]

L’importance stratégique des PME pour l’économie du pays amène à porter une attention particulière aux conditions dans lesquelles s’opère le financement de leur création et de leur développement. Suite à la crise financière de 2008 et à la crise des dettes publiques de l’été 2011, l’écosystème financier des PME s’est trouvé forcé de s’adapter à de nouvelles contraintes économiques, financières et réglementaires.

Comment cette mutation de l’écosystème financier des PME s’effectue-t-elle ?

Va-t-on vers un nouvel équilibre entre innovation financière, besoins économiques et confiance ?

Quelles sont les véritables tendances de fond qui guident la mutation de l’écosystème financier des PME françaises ?

Pour répondre à ces questions, il est nécessaire d’effectuer un léger retour en arrière. Avant la crise financière, les PME françaises se finançaient principalement par le canal bancaire. La spécificité de ces entreprises (taille, actionnariat, surface financière…) limitait a priori leur accès aux marchés financiers, les rendant de fait plus dépendantes du financement bancaire que les grandes entreprises. C’est dans ce contexte que les PME ont été fortement impactées par la contraction du crédit bancaire durant les différentes crises.

Graph1

Source : Bank Lending Technologies and SME Credit Rationing in Europe in the 2009 Crisis,

Giovanni Ferri, Pierluigi Murro, Zeno Rotondi, July 2014

A posteriori, l’évolution observée du crédit bancaire ces dernières années a résulté d’une baisse de la demande de crédit consécutive au ralentissement de l’activité des entreprises et à la réduction de leurs projets d’investissement. Ce phénomène n’est donc pas principalement causé par une contraction de l’offre, qui aurait pu traduire un comportement plus prudent des banques en matière d’octroi de crédits.

Par ailleurs, le financement bancaire ne permet pas non plus de répondre à la volonté des PME d’emprunter à long terme, les banques préférant les maturités de 3 à 5 ans limitant leurs prises de risques.

Le canal bancaire, même s’il est une modalité de financement sécurisante pour les parties prenantes, ne peut répondre seul à l’ensemble des besoins de financement des PME.

Le prêt bancaire est, en effet, synonyme de nombreuses contraintes pour les emprunteurs dans la mesure où il implique des conditions et une pression psychologique au remboursement, entravant la gestion de l’entreprise.

A émergé ainsi, depuis 2008, une tendance à la désintermédiation financière, qui s’accélère aujourd’hui. On entend par ce terme le passage d’une économie de l’endettement à une économie de marchés, caractérisée par une multiplicité des sources de financements.

La contraction du financement des PME par le canal bancaire a ainsi ouvert le champ à un renouveau de l’innovation financière.

Pléthore de moyens innovants se sont développés afin de financer les PME : le crowdfunding dans ses diverses formes, le PEA-PME, les Corporate Ventures, les fonds de prêts à l’économie, les Super Business Angels, les Euro PP ou EnterNext constituent autant d’initiatives qui insufflent un dynamisme nouveau pour le financement de nos PME.

Nous avons choisi d’en examiner trois : le crowdfunding, les Corporate Ventures et EnterNext. Nous vous détaillerons leurs fonctionnements, spécificités et leurs caractères innovants dans les billets à suivre…

écrit par Antonin Demarigny

Antonin Demarigny

Consultant IS&T – Capgemini Consulting

Laisser un commentaire

*