L’Estonie, un champion numérique au coeur de l’Europe

Considérée aujourd’hui comme un champion européen du numérique, l’Estonie est un petit pays de 1,3 million d’habitants, membre de l’UE et de la zone euro. 15% de son PIB serait généré par des activités numériques, le nombre de start-ups par habitant y est le plus important au monde, 95% des habitants paient leurs impôts en ligne (contre 40% en France en 2015), et 18 minutes suffisent pour créer son entreprise (contre 7 jours en France).

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Après avoir obtenu son indépendance en 1991, l’Estonie souhaitait mettre en place un système d’administration plus souple, à faible coût et qui lui permette de s’affranchir des lourdeurs administratives de l’URSS.

Son administration repose ainsi sur un espace e-citoyen par lequel tout Estonien peut accéder à l’intégralité des services publics, soit 2400 services en ligne. Ce système s’appuie sur X-Road, une plateforme qui permet de connecter les différentes bases de données et services, qu’elles soient privées ou publiques, et d’y accéder avec  un seul identifiant. Fin 2014, l’Estonie a créé le statut d’e-resident, unique au monde. Accessible à tout étranger, il permet à l’e-résident d’accéder à la majorité des services en ligne, notamment pour créer son entreprise : l’Estonie s’est fixé un objectif de 10 millions d’e-residents à horizon 2025.

Le vote en ligne constitue un des services proposés en ligne, sur desktop et sur mobile. Lancé en 2005 et recueillant alors 1% des votes, il a été plébiscité au fur et à mesure des élections jusqu’à enregistrer 30% des votes en 2014, dont un tiers sur le mobile. Avec cette progressive extension de l’utilisation de ce mode de vote, toutes les générations sont équitablement représentées, sans distinction concernant les convictions politiques ou l’aptitude à utiliser Internet. Par ailleurs, on constate que le taux de participation aurait été de 2,6%[1] plus faible sans le vote électronique, avec une probabilité que des citoyens peu enclins à exprimer leurs opinions lors des élections se saisissent de cette opportunité pour voter.

De nombreux facteurs expliquent le succès du virage digital de l’Estonie.

Les dirigeants politiques estoniens, et le Président de la République lui-même, se sont emparés du numérique, pour en faire un facteur de satisfaction des citoyens au niveau national et de rayonnement à l’international. A titre d’illustration, Tallinn accueille ainsi le Centre d’Excellence pour la Cyberdéfense de l’OTAN. Au-delà des politiques, l’administration est également un acteur clé de la transformation digitale du pays : elle est formée au design thinking, méthode couramment utilisée dans la conception d’e-services qui consiste à centrer ses travaux sur les besoins de l’utilisateur final.

Les infrastructures ont été adaptées dans l’ensemble du pays, avec un grand programme d’équipement (EstWin, lancé en 2010) pour développer le très haut débit et réaliser ainsi d’importants gains de productivité.

Le gouvernement a également installé un cadre réglementaire (par la Constitution) et technique (cloud computing) qui assure la sécurité des données, la qualité des échanges sur Internet et la continuité de service en cas d’incident ou d’attaque. Le vote en ligne est lui-même sécurisé par une authentification sur la plateforme, avant le vote en lui-même sur une autre plateforme, et la possibilité de voter plusieurs fois[2]. Malgré les critiques internationales déplorant le manque de transparence et la difficulté à détecter un hacking, aucune erreur n’a été constatée jusqu’à aujourd’hui.

Enfin, la population a été très largement incitée à utiliser ces services digitaux. 90% des Estoniens disposent aujourd’hui d’une carte d’identité électronique, rendue obligatoire pour toute personne de plus de 15 ans et indispensable pour accéder à la plateforme des e-services. Par la multiplicité des cas d’applications et grâce à l’ergonomie des services proposés, la plateforme de services a su créer de la récurrence d’utilisation chez les citoyens : la déclaration d’impôt en ligne (2000) et la signature électronique (2002) ont fait partie des premiers services mis à disposition.

Pour accompagner la transformation numérique, notamment des personnes âgées, des sessions de formation ont été organisées. Enfin, le code est enseigné aux plus jeunes, dès le CP, dans le cadre d’un programme pilote (ProgeTiiger) qui vise à les initier au code et à l’algorithmique.

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L’Estonie constitue un exemple européen, se démarquant notamment par la qualité de ses services publics en ligne. D’autres pays s’illustrent par leurs initiatives pour une administration numérique, à l’instar de la France avec https://mon.service-public.fr ou d’autres pays nordiques tels que le Danemark, la Finlande ou la Suède.

Tableau

Si l’administration numérique estonienne rencontre un grand succès, c’est aussi parce qu’elle a su rompre les fractures numériques en : rendant possible l’Internet pour tous, créant des e-services à forte valeur ajoutée pour les citoyens, créant les conditions d’inclusion par la formation. Par ailleurs, la volonté politique affichée dès l’indépendance a permis l’émergence d’une vision d’un Etat numérique. Les nombreux partenariats public-privés ont rendu possible le financement des opérations de formation, de mise à niveau des infrastructures et de gestion des réseaux.

écrit par Mathilde Levallois

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