Le Big Data, un levier majeur de transformation du marché de la santé

La collecte et l’utilisation des données de santé à des fins thérapeutiques ou commerciales est en pleine croissance.  Le développement spectaculaire du Big Data s’explique par le fait qu’il s’inscrit parfaitement dans les tendances sociétales actuelles : patient mieux informé et acteur de sa santé, individualisation et personnalisation des soins etc. Il constitue un outil efficace pour développer la prévention, limitant ainsi la hausse des dépenses de santé. Les initiatives liées au Big Data se structurent autour de 3 enjeux majeurs :

1 - Amélioration des traitements et de l’expérience patient

C’est l’aspect le plus visible du Big Data : grâce aux objets connectés (montres, bracelets, vêtements etc.), il est possible de mesurer son rythme cardiaque, sa tension, les calories brûlées, les distances parcourues, voire sa glycémie ou son taux d’oxygène… Les appareils sont connectés au smartphone de l’utilisateur, sur lequel ce dernier peut consulter l’ensemble de ses données physiologiques et les transmettre à son médecin traitant. Sur le plan médical, l’émergence des objets connectés accélère le passage d’une logique curative à une logique préventive : grâce aux objets connectés, le médecin dispose d’informations sur l’état de santé de son patient, lui permettant de mieux adapter le traitement et les soins au rythme de vie de ce dernier. En affinant sa connaissance du patient, le médecin est mieux à même de réaliser des choix thérapeutiques plus adaptés et personnalisés. Ainsi, un patient atteint du diabète n’aura plus à noter sur un carnet son taux de glycémie, qui sera mesuré par un capteur connecté qui stockera la donnée, l’enverra au professionnel de santé et déclenchera une alerte en cas d’une mesure trop élevée. Des pacemakers connectés ont déjà été mis en place su certains patients : ces appareils ne se contentent plus de réguler l’activité cardiaque, mais envoient au médecin des données sur le comportement et l’impact du pacemaker en temps réel, permettant de réagir rapidement en cas d’anomalie. Les médecins peuvent ainsi agir avant que l’état du patient ne se détériore, avec une prise en charge moins lourde et moins coûteuse.

2 - Changement des pratiques médicales

L’explosion des données de santé concernant un large panel de patients a aussi le potentiel d’accélérer la recherche scientifique et les protocoles expérimentaux sur de nombreuses pathologies et traitements. Par exemple, la start-up Flation Health a pour but de collecter des informations sur le traitement du cancer et de  fournir aux centres anti-cancer, aux médecins, aux chercheurs et aux patients les connaissances essentielles nécessaires à une bonne prise de décision.    Les données recueillies concernent les statistiques sur la population, les traitements donnés et les remboursements, sont recueillies auprès des compagnies d’assurance, cabinets médicaux et les hôpitaux et sont, via le Cloud, mises à disposition des chercheurs, médecins, centres de soins pour aider aux décisions thérapeutiques.  Les professionnels de santé peuvent ainsi avoir accès à des données et statistiques de qualité pour prendre des décisions mieux informées sur les traitements appropriés. Les médecins peuvent consacrer moins de temps à construire une base de données et plus de temps  à analyser les données à leur disposition, pour obtenir des résultats plus rapidement.

Le Big Data favorise aussi la maîtrise des dépenses de santé en offrant un nouvel outil favorisant le maintien à domicile des patients. L’hôpital Khoo Teck Puat de Singapour est capable de prédire les patients présentant un risque important de réadmission en analysant les données de patient réadmis à l’hôpital plus de  2 fois sur une période de 26 mois. Ce modèle permet d’anticiper une prise en charge lourde, en ciblant de manière plus effective le programme de visite à domicile de l’hôpital. L’utilisation du Big Data s’inscrit dans un changement structurel des pratiques médicales, axées sur la prévention et la médecine ambulatoire, tandis que les hospitalisations de longue durée deviennent de plus en plus rares. Si ce programme venait à se généraliser, c’est un véritable nouveau business model qui verrait le jour pour l’hôpital, et une meilleure prise en charge pour le patient.

3 - Un nouveau Business Model pour l’assurance

Mais c’est véritablement dans le secteur de l’assurance-santé que le potentiel pour de nouveaux business model parait le plus crédible. Le principe serait similaire à celui du « Pay As You Drive » dans l’assurance auto, qui récompense les conducteurs vertueux par des primes d’assurance moins élevées. Grâce aux objets connectés, les compagnies d’assurance auraient le moyen de personnaliser leurs tarifs en fonction du profil santé. Ainsi, un client faisant du sport régulièrement ou ayant une alimentation saine pourrait se voir proposer une réduction tarifaire. Certaines initiatives dans ce domaine ont déjà eu lieu : Les mille premiers souscripteurs de la complémentaire santé Modulango d’Axa Santé recevront en cadeau le bracelet connecté Withings Pulse et des chèques-cadeaux en fonction du nombre de pas parcourus dans le mois. De même, la compagnie pétrolière BP a signé un accord avec la société d’objets connectés Fitbit : les employés de BP auront la possibilité de porter un bracelet connecté Fitbit mesurant le nombre de pas parcourus, leur permettant ainsi de gagner des « points » afin de faire baisser le coût de leur assurance santé.

La collecte et l’utilisation massives de données cliniques et de constantes physiologiques a ainsi le potentiel de profondément transformer le marché de l’assurance et de la santé. Le Big Data ne doit pas seulement être utilisé dans une optique de réduction des coûts, mais constitue un levier important d’amélioration des soins à même de sauver de nombreuses vies. Cependant, pour les compagnies d’assurances comme pour les fabricants d’objets connectés, le temps presse. L’ambition d’Apple et de Google sur ce créneau lucratif est caractérisée par le lancement de l’application mobile Health d’Apple et de la plateforme Google Fit,  permettant de centraliser les données des nombreuses applications de santé disponibles sur son smartphone.  En centralisant les données de santé collectées, les géants du Net pourraient bien s’imposer comme les intermédiaires principaux  entre patients et acteurs traditionnels du marché de la santé.

écrit par Raphaël Cattan

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